
You had your best-laid plans and then COVID-19 came along and hammered the entire economy. But you’ve got this – if you have the right information. Join Rob Carrick and Roma Luciw on Stress Test, a podcast guiding you through one of the biggest challenges your finances will ever face.
ROMA : Il est normal que les années d’études soient financièrement difficiles. Vous dépensez en frais de scolarité et en frais de subsistance, et il est difficile de gagner de l’argent quand on étudie à temps plein.
ROB : Le coût élevé de la vie fait qu’il est encore plus difficile pour les étudiants d’aujourd’hui d’obtenir un diplôme sans s’être endettés, surtout s’ils n’ont pas eu d’aide de leur famille.
ROMA : Bienvenue à Test de résistance, une baladodiffusion sur les finances personnelles pour les milléniaux et les membres de la Génération Z. Je m’appelle Roma Luciw, je suis rédactrice en chef à la rubrique des finances personnelles du Globe and Mail.
ROB : Et je m’appelle Rob Carrick, je suis chroniqueur en finances personnelles au Globe and Mail. Les dettes d’études. On compare souvent le Canada et les États-Unis. Aux États-Unis, les étudiants terminent souvent leurs études avec une dette à six chiffres. Au Canada, les dettes d’études ne représentent qu’une fraction de ce qu’elles sont au sud de la frontière. Et la question de l’endettement des étudiants n’est pas le sujet le plus brûlant. Mais elle existe.
ROMA : Cela ne signifie cependant pas que l’endettement des étudiants n’est pas un problème grandissant au Canada, et il va s’aggraver à l’avenir. Nous allons voir pourquoi cela risque de se produire. Mais commençons par examiner l’endettement moyen des étudiants au Canada, environ 27 000 dollars pour un baccalauréat. Près de la moitié des étudiants décrochent leur diplôme en s’étant endettés. Aujourd’hui, le temps moyen requis pour rembourser cette dette est d’environ dix ans. Autrement dit, au début de la trentaine. Le gouvernement du Canada a pris des mesures au fil des ans pour maîtriser les frais de scolarité malgré une inflation galopante. Rob, ces efforts ont-ils été fructueux?
ROB : Les frais de scolarité augmentent chaque année, mais si l’on tient compte de l’inflation, cette augmentation n’est pas si radicale. Je trouve que ce qui est intéressant, c’est que le gouvernement a en quelque sorte allégé le fardeau de l’endettement des étudiants : le 1er avril, une nouvelle réglementation supprime les intérêts sur les prêts étudiants, actuels et futurs. C’est important. Je dois préciser que cela ne concerne que les prêts étudiants du gouvernement fédéral. Les banques proposent encore des marges de crédit pour les étudiants, pour lesquelles l’emprunteur doit payer les taux du marché, taux du marché qui ont, nous le savons tous, considérablement augmenté au cours des 12 derniers mois. Dans l’ensemble, l’administration fédérale a fait du bon travail. Elle a en outre augmenté de plusieurs milliards de dollars les bourses proposées aux étudiants. Les étudiants devront donc continuer à emprunter. Mais l’environnement du crédit est un peu plus clément pour les étudiants qu’auparavant.
ROMA : Rob, quelle est la mauvaise nouvelle pour les étudiants d’aujourd’hui?
ROB : Le loyer et le coût de la vie, et surtout les aliments. Je sais que beaucoup de gens diront que c’est un problème pour tous, dans la société, mais selon moi ce sont les étudiants qui sont les plus touchés. Vous savez, nous parlons de loyers à quatre chiffres, pour des étudiants qui ne peuvent travailler que quelques mois par an. Je pense que le coût élevé des loyers les touche plus durement que n’importe quel autre groupe.
ROMA : Après la pause, nous nous entretiendrons avec Paul Kershaw, fondateur de Generation Squeeze et professeur à l’université de Colombie-Britannique, qui nous expliquera pourquoi la vie est de plus en plus chère pour les étudiants. Paul, bienvenue à Test de résistance.
PAUL : Merci beaucoup de m’avoir réinvité.
ROMA : Paul, le coût de la vie monte en flèche au Canada. Les étudiants sont parmi les plus durement touchés. Vous enseignez à UBC, mon alma mater, dans l’une des villes les plus belles et les plus chères du monde pour le logement. Que vous disent vos étudiants?
PAUL : C’est en effet vraiment inquiétant. Aujourd’hui par rapport à l’époque où j’étais étudiant, il y a quelques décennies, c’est beaucoup plus difficile. Avant, on se demandait comment on allait pouvoir payer les frais de scolarité. Aujourd’hui, au Canada, ce n’est pas une préoccupation très présente par rapport au paiement du loyer pendant des études à temps plein, puisque les études empêchent d’occuper plusieurs emplois. C’est comme ça à Vancouver, à Toronto, à Hamilton, à Victoria. Dans de nombreuses villes du Canada, il est déjà assez difficile de couvrir ses frais de logement quand on travaille à temps plein. Mais pour ceux qui consacrent beaucoup de leur temps à leurs études, c’est évidemment pire. Nous voyons donc de plus en plus d’étudiants qui sont contraints de recourir à une banque alimentaire pendant leurs études supérieures ou, à certains moments, de se rendre dans un refuge à cause de la précarité de leur logement. Les difficultés liées au logement prennent diverses formes dans notre vie sociale et dans notre économie. Je pense que c’est particulièrement effrayant en ce moment pour ce que cela signifie pour les études postsecondaires.
ROMA : Je pense que beaucoup de gens, surtout parmi les plus âgés, qui estiment que les années d’études doivent être maigres, que tout le monde est fauché à cette étape de la vie, et qu’eux se sont bien débrouillés. Et qu’il est normal que les jeunes d’aujourd’hui aient un peu de mal à s’en sortir. En quoi les étudiants et les nouveaux diplômés d’aujourd’hui sont-ils différents des générations précédentes?
PAUL : Eh bien, c’est un moment qui doit être difficile de toute façon à cause du temps qu’il faut consacrer aux études plutôt qu’au travail. Mais le simple coût du loyer est déjà un véritable défi. Il faut aussi souvent s’éloigner de son lieu d’études pour trouver un loyer abordable. Leurs trajets sont donc beaucoup plus longs. La dynamique est nouvelle. À l’époque, vous pouviez avoir un ou deux colocataires, aujourd’hui j’entends des étudiants à la maîtrise ou au doctorat parler de dix personnes entassées dans un logement. C’est une véritable communauté, une nouvelle stratégie pour faire face à la réalité des études. On constate qu’un certain cynisme commence à s’installer chez nos étudiants. Il y a un véritable sentiment d’anxiété, car c’est censé être le moment où on se consacre à l’acquisition de connaissances supplémentaires pour pouvoir ensuite se lancer et trouver un emploi, en ayant la satisfaction d’être récompensé pour les sacrifices faits pendant les années d’études. Mais il est difficile d’être optimiste quand on fait des études de premier ou de deuxième cycle, parce que si on se retrouve à Toronto, le premier emploi, qui rapportera peut-être 50 000 ou 60 000 dollars avec un peu de chance, permettra à peine de payer le loyer. Et le désir de ne plus avoir de colocataires vous fait réfléchir à la façon de jouir d’une plus grande sécurité financière. C’est difficile à voir. Décrocher un diplôme est en fait le moyen de parvenir à cette sécurité.
ROMA : Les étudiants qui ne bénéficient pas de l’aide de leurs parents pour leurs études ont toujours été désavantagés par rapport aux autres. Mais le fossé semble se creuser. Est-ce ce que vous constatez aujourd’hui chez les étudiants qui fréquentent votre université ou d’autres établissements au Canada?
PAUL : Oui, je crois que c’est bien le cas. On peut penser que le parent qui s’est servi d’un régime enregistré d’épargne-études pour ses enfants, et qui a essayé d’y épargner suffisamment pour les frais de scolarité, a réussi quelque chose de très utile. C’est une grande réussite pour les parents de faire une telle planification. Or, la détérioration de l’économie pour les plus jeunes frappe aussi leurs parents qui sont de nos jours, en quelque sorte, à la fin de la quarantaine ou au milieu de la cinquantaine. Ceux qui se lancent dans des études de premier cycle peuvent dire à leurs parents : « Papa, maman, je ne veux pas que tu te sentes mal parce que j’entame des études et que tu aies l’impression de ne pas avoir épargné assez pour les études de tes enfants. » Quand on pense au coût de la vie, cela tient compte des frais de scolarité bien sûr, mais il est de toute manière extrêmement élevé.
ROMA : Cela dépend aussi énormément de l’endroit où votre enfant va faire ses études. Si vous êtes intéressé par un programme qui est donné, par exemple, à l’Université de Toronto ou à Vancouver, les coûts seront beaucoup plus élevés que si vous vous inscrivez à un programme universitaire ou collégial au Québec ou dans les Prairies.
PAUL : Cela me fait penser à ma nièce, qui est sur le point de partir l’an prochain pour entamer une carrière universitaire et qui a la chance d’avoir été acceptée dans de nombreuses universités. Ses parents, sa famille élargie, sont vraiment très fiers. Il est difficile de lui dire que c’est une chose de choisir le meilleur programme ou la meilleure université, mais je l’encourage vivement à l’informer sur le montant des loyers et à faire son choix en conséquence, en grande partie parce que cela va avoir une incidence sur sa vie, tout au long de l’année, pendant toutes ses études postsecondaires.
ROMA : Vous savez, une chose me vient à l’esprit : c’est que si on envisage cette dépense énorme et que l’on se dit, bon, j’ai un peu d’argent pour les frais de scolarité, mais le coût de la vie sera extrêmement élevé, je devrais peut-être prendre un emploi à temps partiel. Est-ce ce que vous constatez? Voyez-vous des étudiants qui prennent des années de pause pour économiser avant d’entrer à l’école?
PAUL : Je n’ai pas de données suffisantes pour vous parler de ces années de pause, mais elles existent bien sûr. Pour ce qui est du travail à temps partiel, permettez-moi d’être clair. En tant que professeur d’université, je peux affirmer avec certitude que la proportion d’étudiants qui doivent travailler de nombreuses heures à temps partiel pour payer leurs études a augmenté par rapport à l’époque où j’étais étudiant. J’ai débuté mes études à McGill en 1993 et j’ai terminé mon doctorat à UBC en 2002. J’ai donc fait huit ou neuf ans d’études. Quand j’étais étudiant, il y avait une sorte de normalité. Les étudiants travaillaient l’été. Les choses ont bien changé. Les étudiants de premier cycle travaillent souvent à temps partiel tout en étudiant à temps plein. Bien souvent, notre culture ne prend pas les jeunes au sérieux, j’ai déjà vu des institutions financières proposer des cours du type « Adulte 101 » pour les aider dans leur planification financière. Mais en fait, pour certains aspects importants, la transition entre le collège et les études supérieures ne se fait pas en douceur. Quand on devient adulte, on vit en général seul, sans ses parents en tout cas, pour la première fois. Bon, je vais faire des études, mais je réussirai à m’arranger avec le coût de la vie, d’une manière ou d’une autre. Non! Dès la fin du secondaire, c’est le coup de massue : il faut tout de suite devenir adulte parce que le coût de la vie est terrible et qu’il s’attaque à tout ce que contient votre portefeuille.
ROMA : Et cela nous empêcherait vraiment, à bien des égards, d’essayer d’autres choses. Lorsque j’ai fait mon baccalauréat, je consacrais une partie de mon temps libre à écrire pour le journal de l’université. C’est là que j’ai en quelque sorte essayé de voir si cela me plaisait. Si j’avais eu un emploi à temps partiel rémunéré à cette époque, cela n’aurait pas été possible.
PAUL : C’est vrai. Cela a également un impact sur la façon dont je gère notre programme de maîtrise en santé publique à UBC, et sur la façon dont nous devons considérer les dossiers des étudiants qui veulent étudier chez nous, parce que dans le passé, je disais souvent que j’allais juger les CV par la pertinence de l’expérience professionnelle, et d’autres aspects de ce genre. Il ne faut plus demander d’expérience professionnelle pertinente. Nous devons comprendre que les étudiants font toutes les heures de travail qu’ils peuvent là où ils le peuvent pour gagner assez d’argent pour payer leur nourriture et leurs frais de subsistance. Alors on ne peut pas s’attendre à ce qu’ils fassent des activités de bénévolat pertinentes, puisqu’ils doivent avant tout faire ce qu’ils peuvent pour s’en sortir financièrement. La situation actuelle ne fait qu’éroder fondamentalement la capacité des élèves à exceller. Vous ne pouvez pas être à votre meilleur dans vos études, être à votre meilleur pour acquérir des connaissances si vous craignez de ne pas avoir assez d’argent pour payer votre logement ou votre nourriture.
ROMA : Que diriez-vous à un jeune Canadien qui envisage de s’inscrire à l’université ou dans un autre établissement d’enseignement supérieur dans les prochaines années? Ou à des parents qui ont des enfants dont ils espèrent qu’ils feront des études, à l’université ou ailleurs?
PAUL : Je continue à dire qu’il faut le faire, car les données montrent sans aucun doute qu’une personne qui a fait plus d’études pourra surpasser les autres sur le marché du travail. Les études rapportent-elles autant qu’il y a quelques décennies? La réponse est non. Mais elles permettent tout de même de mieux se positionner sur le marché du travail plutôt complexe. Mais j’ai envie d’encourager les gens à réfléchir à leur décision concernant leurs études, et notamment de la possibilité de trouver un endroit où le coût de la vie n’est pas aussi écrasant qu’à Toronto ou Vancouver. Avant, il n’était pas nécessaire d’aller trop loin. Vous pouviez trouver, par exemple, à Hamilton, à London, à Victoria. Mais la vie est de plus en plus chère là aussi. Voici donc le conseil que j’ai donné à ma nièce que j’adore. Pense à l’endroit où tu aimerais te retrouver, où la vie ne serait pas trop chère, et après trouve le moyen d’y parvenir. Et la vie peut être tellement riche quand on parvient à l’équilibre entre les pressions sur le portefeuille et toutes les autres aspirations que nous avons dans la vie. Nous devons également être attentifs lorsque nous tentons de nous faire une place pour nous-mêmes, individuellement, dans ce système qui ne fonctionne plus. Comment utiliser notre éducation pour faire entendre notre voix, en tant que citoyens, afin d’appeler à de meilleures politiques publiques, à modifier les objectifs de notre économie et à promouvoir l’épanouissement, plutôt que la seule augmentation du PIB? À l’heure actuelle, la hausse de l’immobilier contribue à faire augmenter le PIB, mais cela ne favorise aucunement l’épanouissement de nombreux jeunes, même si cela permet à quelqu’un comme moi de s’enrichir.
ROB : Notre prochaine invitée travaille dans le domaine du marketing au sein d’un organisme artistique. Quand elle a obtenu son diplôme il y a une dizaine d’années, elle avait 40 000 dollars de dettes d’études. Elle est toujours en train de les rembourser.
LANA : Je m’appelle Lana. Je vis à Toronto et j’ai 33 ans.
ROB : Lana vient de St Catherine’s, une ville située près de Niagara Falls, en Ontario. En 2008, elle s’est installée à Toronto pour étudier l’histoire de l’art à l’Université de Toronto.
LANA : J’avais cherché près de chez moi. J’avais envisagé Brock, l’université de St. Catherine’s, McMaster et Hamilton, et l’Université de Toronto. Je dirai que l’un des attraits de l’Université de Toronto était évidemment en partie le fait de vivre en ville. Mais j’ai aussi trouvé que c’est cette université qui offrait le meilleur programme pour ce que je voulais faire.
ROB : Le coût n’a pas été un facteur déterminant dans sa décision, même si elle ne pouvait pas compter sur l’aide de ses parents.
LANA : Je dois dire que, parmi les personnes que j’ai côtoyées à l’Université de Toronto, ma situation est assez unique. Je n’ai pas reçu d’aide de mes parents. J’ai pris une année sabbatique entre le secondaire et l’université pour économiser le plus d’argent possible, et c’est ainsi que j’ai payé toute ma première année. Pour être honnête, l’argent n’a pas été un facteur déterminant dans mon choix. Je voulais les meilleures études possible dans le meilleur établissement. Et j’avais l’impression que j’avais choisi l’endroit idéal pour cela.
ROB : Les frais de scolarité étaient élevés, mais Lana n’a pas remis son choix en question à l’époque.
LANA : Je crois que quand j’ai commencé, cela coûtait environ 5 000 dollars par an. Ce n’est pas rien. C’est même beaucoup d’argent. Mais c’est le loyer qui me préoccupait le plus. J’ai donc vécu en résidence pendant un an, et cela a été une très bonne décision. Cela coûtait atrocement cher, mais je me suis fait des amies qui sont maintenant comme des sœurs. Ensuite, j’ai payé environ 800 dollars par mois pour la moitié d’un appartement de deux chambres. Entre 2009 et 2014. Vous savez que maintenant, ce n’est plus possible, on ne trouve plus cela. Mais les frais de scolarité... Oui, je pense que je voyais toute simplement cela comme une chose que je devais faire. Et c’est une chose à laquelle je pense souvent lorsque je parle à des jeunes maintenant. Et je me demande, quand je regarde les gens de mon âge qui travaillent dans le même domaine que moi, si c’était nécessaire. J’ai été élevée avec l’idée qu’un diplôme universitaire était obligatoire. Il en fallait un pour avoir un bon revenu. Je ne considérais pas cela comme quelque chose de négociable. C’est logique. J’ai payé ce que j’ai payé, et je n’ai pas vraiment réfléchi au coût à l’époque. Maintenant, avec le recul, il y a beaucoup de gens que je connais qui travaillent en marketing, mais aucun dans mon domaine n’a de diplôme en marketing. Alors oui, je me suis demandé après coup si c’était vraiment nécessaire.
ROB : Lorsqu’elle a obtenu son diplôme, elle devait environ 29 000 dollars au titre du programme d’aide aux étudiants de l’Ontario, le RAFEO, et environ 12 000 dollars sur sa marge de crédit d’étudiante. Plus de la moitié de la dette a servi à couvrir les frais de subsistance, alors qu’elle a travaillé pendant toutes ses études de premier cycle.
LANA : J’ai travaillé en alternance à l’université, et j’ai aussi travaillé à l’extérieur, dans mon domaine. Donc, j’ai eu au minimum deux emplois, et parfois trois, pendant toutes mes études. Mais le RAFEO et le travail ne suffisaient pas pour subvenir à mes besoins à Toronto, c’est pourquoi j’ai pris une marge de crédit. Je ne pense pas avoir pris la marge de crédit avant ma deuxième ou ma troisième année d’université. J’avais pris une année de congé pour faire des économies afin de payer le plus possible durant ma première et ma deuxième année d’université. Mais ensuite, pendant les autres années, j’ai senti qu’il me fallait un coussin.
ROB : Elle rembourse sa marge de crédit avec détermination. La décision du gouvernement fédéral de supprimer les intérêts sur ses prêts étudiants l’a aussi aidée, mais son endettement a eu un impact certain sur sa vie de jeune adulte.
LANA : Je crois que ce que j’ai remarqué de plus important, c’est que beaucoup de gens dans mon entourage n’ont pas eu à payer leurs études. Je remarque cela chez mon partenaire, mes amis, des gens qui se sont fait payer certaines choses et qui, maintenant, s’il leur reste de l’argent après le loyer, les frais et les factures de téléphone portable et tout le reste, peuvent le consacrer à l’épargne, dans leur REER ou leur CELI par exemple. Ou à des voyages. Ou à d’autres choses qu’ils veulent faire. À mon âge, je n’ai pas ce luxe. Je ne fais que rembourser mes dettes.
ROB : Et ces dettes ne sont pas près de disparaître.
LANA : Oh mon Dieu, non, j’espère que je pourrai progresser dans ma carrière et réussir à rembourser à 40 ans. Mais c’est très ambitieux. Je dirais qu’en ce moment, c’est moins un fardeau émotionnel et financier parce que j’ai décidé que ça n’avait pas tellement d’importance. Mes sentiments sont mitigés, mais ce n’est pas grave. Et d’un point de vue logistique et financier, avec le gel des intérêts décidé par le gouvernement, je vis beaucoup mieux avec cette dette.
ROB : Lana est heureuse de la décision qu’elle a prise. Mais elle affirme qu’il lui serait impossible de faire la même chose aujourd’hui, compte tenu de la hausse du coût de la vie.
LANA : Oui, je ne sais vraiment pas comment quelqu’un dans la vingtaine pourrait essayer de s’établir. Avoir une colocataire et payer quand même 1 500 dollars, c’est de la folie. Vous savez, même si vous avez un emploi à temps partiel ou si vous êtes diplômé, vous avez un poste de débutant, et si vous gagnez 40 000 $, vous avez de la chance. C’est fou.
ROB : Après la pause, Erica Alini, journaliste spécialisée en finances personnelles au Globe and Mail, nous expliquera comment les loyers font grimper le coût de la vie pour les étudiants.
ROMA : Erica Alini est journaliste à la rubrique des finances personnelles du Globe and Mail. Voici la conversation que nous avons eue. Erika, vous êtes en train de faire des recherches sur le coût moyen de la location d’une chambre dans une maison ou un appartement en colocation au Canada pour un autre article. On observe que beaucoup d’étudiants vivent en colocation. C’est ainsi que j’ai vécu lorsque j’étais à l’université. Combien un étudiant peut-il s’attendre à payer s’il vit dans une grande ville? Commençons par Toronto ou Vancouver.
ERICA : À Vancouver, les données varient un peu en fonction de la plateforme, mais la somme est comprise en moyenne entre 1 100 et 1 400 dollars par mois. À Toronto, nous en sommes à un peu moins de 1 000 à 1 300 par mois en moyenne. Je trouve ça assez incroyable.
ROMA : Cela fait beaucoup d’argent pour un étudiant. Dans quelle mesure cela a-t-il augmenté d’une année à l’autre?
ERICA : Je ne dispose de données antérieures que pour une plateforme, Kijiji. À Toronto, l’augmentation est de 12 % par rapport à l’année dernière, et à Vancouver, elle est de plus de 30 %.
ROMA : Quelles sont les autres villes ou localités où vous avez observé les changements les plus frappants dans le coût des loyers?
ERICA : Ça, c’est vraiment intéressant. C’est l’une des choses que j’ai trouvé frappante au sujet du marché immobilier. J’ai été choquée, mais pas surprise, je m’y attendais un peu, par le fait que cela coûtait aussi très cher dans beaucoup d’autres endroits, en dehors de Vancouver et de Toronto. Les chiffres n’en sont pas moins sidérants. Les données montrent en gros que les provinces de l’Atlantique sont devenues très chères : une chambre à Halifax coûte entre 800 et 900 dollars par mois. Beaucoup d’endroits sont devenus très chers dans le sud de l’Ontario. Dans beaucoup de villes où la population étudiante est importante, Hamilton, Waterloo, Kitchener, London, il faut compter entre 800 et 900 dollars par mois pour une chambre dans une maison partagée. En réalité, dans une grande partie de l’Ontario, du sud de l’Ontario, le loyer pour une chambre dépasse les 800 dollars par mois.
ROMA : Bon. Je reviendrai au logement dans une seconde. Quels sont les autres enjeux financiers importants auxquels sont confrontés les étudiants actuellement?
ERICA : Certainement l’épicerie, le coût de la nourriture. L’inflation ne fléchit pas trop, tout augmente. Mais il ne faut pas oublier le coût de la dette. Pour un baccalauréat, vous pouvez peut-être vous en tirer avec des bourses et des prêts, mais si vous poussez vos études plus loin, et notamment si vous voulez un diplôme professionnel, si vous voulez devenir médecin, avocat, vétérinaire, alors le montant de la dette que vous allez contracter, nous le voyons aujourd’hui, s’établira dans les six chiffres. Les prêts étudiants ne pourront pas tout couvrir. Une grande partie du problème est que, en général, les pauvres prennent une marge de crédit dont le taux d’intérêt est variable. Et comme les taux d’intérêt ont augmenté brutalement depuis un an, depuis mars l’an dernier, le coût des prêts étudiants augmente au même rythme. Incroyable. Et on ne parle que du coût des emprunts avec la marge de crédit d’étudiant.
ROMA : Quelle est l’incidence de tous ces facteurs sur la vie des étudiants au Canada? Les étudiants qui ne bénéficient pas d’une aide significative de leurs parents, qu’envisagent-ils aujourd’hui pour tenter de maîtriser les coûts?
ERICA : Je pense que tout cela restreint les possibilités, en supposant que vous tentez de planifier à l’avance. Oui, car il arrive que les étudiants ne soient pas assez au courant pour pouvoir planifier. Le fait est qu’ils vont accumuler beaucoup de dettes. Et le moment du bilan arrive lorsqu’ils obtiennent leur diplôme. C’est compréhensible. Ils sont jeunes. Si personne ne les guide, il est difficile de leur reprocher de ne pas savoir dès le départ. Pas facile de savoir ce qu’il faut faire quand on a 18 ans. Par contre, s’ils sont prévoyants, cela réduit ou peut réduire le coût de leurs choix pour leurs études. Je vais peut-être devoir aller dans un établissement d’enseignement supérieur assez proche pour pouvoir faire la navette avec mon lieu de résidence. Je pourrais aussi rester chez mes parents. Il ne faut pas oublier que le fait de rester chez ses parents n’est pas forcément une option pour tout le monde, notamment pour les familles à faible revenu. On s’attend à ce que vous déménagiez, ou bien il est tout simplement impossible pour vous d’obtenir un diplôme de premier cycle sans déménager. Donc, vous devez déménager, puis vous vous demandez où vous allez pouvoir vous loger, de préférence quelque chose de pas trop cher. Donc, l’évolution des loyers, leur augmentation en fait, pourrait se répercuter sur l’endroit où les jeunes choisissent de faire leurs études. Les Maritimes avaient un avantage dans le passé. Le coût de la vie moins élevé qu’ailleurs était l’un des atouts des études dans cette région, par exemple en Nouvelle-Écosse. Maintenant, si vous pensez à Halifax, ce n’est plus vraiment la même chose. Il faut donc peut-être reprendre la réflexion et, peut-être, se retrouver quelque part à Edmonton, en Saskatchewan ou au Québec. Au Québec, si la langue vous le permet.
ROMA : Dans quelle mesure l’aide des parents va-t-elle changer la donne dans les années à venir?
ERICA : Je pense que cela va être énorme. C’est une tendance que j’observe chez les jeunes un peu partout. Le fait que les parents puissent vous aider fera une différence considérable. Et quand on parle d’aide des parents, on a tous cette idée de papa et maman qui financent tout avec un gros chèque. Pour payer tous vos frais de scolarité ou une mise de fonds importante pour l’achat d’une maison. Ce n’est qu’une partie de l’histoire. Car l’aide des parents peut aussi être la possibilité d’habiter chez eux tout au long de ses études et après, et d’économiser jusqu’aux premières années de la carrière.
ROMA : Quelles sont les répercussions si vous entamez votre vie avec des dettes d’études plus importantes?
ERICA : J’entends souvent dire qu’en fait, l’endettement des étudiants au Canada n’est pas si élevé. Je ne suis pas toujours d’accord avec cela, car les étudiants ont en moyenne des dettes de quelque 28 000 dollars. Ce n’est évidemment pas rien. Surtout avec un salaire de départ d’environ 50 000 dollars. Et avec, en plus, un loyer mensuel d’environ 1 000 dollars pour une chambre dans un appartement partagé. Le coût du logement est important, et lorsqu’il faut en plus économiser beaucoup d’argent pour avoir une mise de fonds pour acheter une maison... Si vous souhaitez devenir propriétaire un jour, cela devient un énorme choc financier, et cela vous tombe dessus de tous les côtés.
ROB : Rétrospectivement, le niveau d’endettement des étudiants au Canada est peut-être plutôt une bonne nouvelle. Le niveau d’endettement moyen n’a pas beaucoup augmenté au fil des ans. L’avenir s’annonce délicat, même si les loyers élevés et le coût de la vie élevé feront peser sur les étudiants une charge financière plus lourde que par le passé.
ROB : Que les étudiants devraient-ils retenir des conversations d’aujourd’hui?
ROMA : Premièrement. Soyez stratégique dans le choix de votre domaine d’études. Assurez-vous qu’il existe un marché du travail pour les titulaires du diplôme que vous recherchez, et n’excluez pas les corps de métier. Car les Canadiens en ont également besoin. Deuxièmement. Partir loin pour étudier fait partie de la vie des étudiants, mais cela vaut-il la peine de s’endetter de dizaines de milliers de dollars de plus pour cela? Si vous avez la possibilité de vivre chez vos parents pendant vos études, n’hésitez pas. Vous économiserez beaucoup d’argent. Et troisièmement. Un diplôme postsecondaire vous donne un avantage. S’endetter pour étudier demeure un bon investissement.
ROB : Merci d’avoir écouté cet épisode de Test de résistance. Cette émission est produite par Kyle Fulton et Emily Jackson. Notre productrice exécutive est Kiran Rana. Merci à Erica, Lana et Paul de s’être joints à nous.
ROMA : Vous trouverez Test de résistance en anglais (Stress Test) partout où vous écoutez des balados. Si vous avez aimé cet épisode, donnez-nous une note de cinq étoiles sur Apple Podcasts et parlez-en à vos amis, surtout ceux qui se préparent à faire des études.
ROB : Dans notre prochain épisode de Test de résistance : Nous parlerons à des personnes qui ont complètement laissé tomber l’idée d’être propriétaire. Certains membres de la génération du millénaire et de la génération Z pensent que l’achat d’une maison ne se réalisera jamais pour eux, et ils l’acceptent. Nous discutons d’autres objectifs financiers, mais l’accession à la propriété n’est pas à l’ordre du jour.
ROMA : En attendant, retrouvez-nous sur le site du Globe and Mail. Et merci de nous avoir écoutés.