
You had your best-laid plans and then COVID-19 came along and hammered the entire economy. But you’ve got this – if you have the right information. Join Rob Carrick and Roma Luciw on Stress Test, a podcast guiding you through one of the biggest challenges your finances will ever face.
ROB: Les grands titres économiques sont assez sombres. Impossible de ne pas se demander si nous allons entrer en récession. Mais mettons l’alarmisme de côté, car c’est le moment idéal pour préparer vos finances au cas où cette récession se concrétiserait.
ROMA: Nous avons donc rassemblé des conseils à donner à des jeunes dans la vingtaine et la trentaine pour qu’ils puissent se préparer aux changements dans les domaines de l’emploi, du logement, des investissements et du coût de la vie.
ROB: Bienvenue à Test de résistance, une baladodiffusion sur les finances personnelles pour les milléniaux et les membres de la génération Z. Je m’appelle Rob Carrick, je suis chroniqueur financier au Globe and Mail.
ROMA: Et je suis Roma Luciw, rédactrice en chef de la rubrique des finances personnelles du Globe and Mail.
ROMA: Nous venons tous de vivre des années difficiles à cause de la pandémie. Il n’est donc pas étonnant que de nombreux Canadiens soient stressés à la perspective d’une crise économique encore plus grave. Personne, et je dis bien personne, ne souhaite cela.
ROB: Nous voulons réduire une partie de ce stress en parlant à des experts des mesures pratiques que vous pouvez prendre si le pire scénario se produit. Pour commencer, après la pause, nous allons parler du marché du travail.
ROMA: Matt Lundy, journaliste économique au Globe and Mail, se joint à nous pour nous parler de ce qui arrive dans l’économie, et sur le marché du travail.
ROMA: Il y a un consensus sur le fait que nous n’échapperons pas à une récession. D’après vous, à quoi va-t-elle ressembler? Comment va-t-elle se passer, par rapport aux récessions précédentes?
MATT: Tout d’abord, nous ne sommes pas techniquement en récession, mais un nombre croissant de personnes pensent qu’elle va arriver très bientôt. Et il y a des opinions très divergentes sur ce à quoi elle va ressembler. Mais dans l’ensemble, les gens ne s’attendent pas à ce que la récession soit particulièrement marquée. Donc, en effet, ce n’est jamais une bonne nouvelle. Les gens ne veulent pas entendre le mot récession. Mais en même temps, personne ne prévoit vraiment quelque chose comme la crise financière de 2008 et 2009, et certainement rien de comparable à la pandémie où nous avons arrêté l’économie ou, par exemple, des millions de licenciements. Cela pourrait, en comparaison, être bénin.
ROMA: D’accord. Normalement, pendant une récession, il y a des pertes d’emplois. Pensez-vous que ce sera le cas cette fois-ci? Quelles sont les perspectives pour le marché du travail?
MATT: Le marché du travail est encore très tendu. Il y a beaucoup d’offres d’emploi en ce moment. Vous pouvez regarder sur le site d’Indeed Canada, qui affiche le nombre total d’offres d’emploi. La tendance est un peu à la baisse, mais le nombre d’offres d’emploi est encore 60 % plus élevé qu’avant la pandémie. Il y a beaucoup de possibilités, selon le secteur que vous regardez.
ROMA: Pensez-vous que ce genre de divergence va se maintenir? Ou alors, les pertes d’emplois vont-elles s’accélérer et les choses devenir vont-elles devenir un peu plus difficiles sur le marché du travail?
MATT: Je pense que, dans une certaine mesure, c’est un problème propre à l’industrie, certains des licenciements les plus visibles auxquels nous avons assisté récemment ont eu lieu dans la technologie, par exemple. Et ces entreprises connaissaient une croissance marquée, à des taux qui étaient probablement insoutenables. En même temps, il y a un nombre presque record de postes vacants dans les domaines de la santé et de l’assistance sociale. Et je pense qu’ils ne vont sans doute pas disparaître de sitôt. Les hôpitaux ont besoin de ces employés, les établissements de soins de longue durée ont besoin que ces postes soient occupés. Je pense donc que nous allons probablement voir que les entreprises qui voulaient vraiment accélérer leur recrutement vont peut-être retirer ces offres d’emploi. Il est donc possible qu’une grande partie de cette demande soit supprimée par ces affichages plutôt que par des licenciements. Mais gardez à l’esprit que les employeurs parlent tous depuis deux ans de pénurie de main-d’œuvre. C’est vrai. Et c’est vraiment la grande question du moment : dans quelle mesure vont-ils garder leurs travailleurs, alors que nous nous dirigeons vers une période de croissance économique très faible? Vous comprenez? Ils ont passé deux ans à dire qu’il est vraiment difficile de trouver des gens. Vont-ils chercher à les conserver? Je pense que beaucoup d’entreprises diront : « Vous savez quoi, il a été tellement difficile de trouver ces personnes au départ que nous sommes prêts à les garder pendant un certain temps pour voir comment les choses se passent. »
ROMA : Matt, j’ai l’impression que nous avons actuellement un marché du travail plutôt étranger, où certains jeunes sont dans une position exceptionnellement solide, où ils peuvent par exemple négocier un salaire plus élevé ou changer d’emploi, tandis que d’autres ont du mal à trouver un emploi ou ont peur de le perdre. Que comprendre de cette situation?
MATT: Nous avons constaté une chose au cours de la pandémie : pour le travailleur moyen, surtout au cours de la dernière année et un peu plus, les salaires n’ont pas suivi l’inflation. Il y a une autre grande tendance que nous avons observée : peu de gens au Canada ont changé d’emploi, comparativement aux États-Unis. La grande démission a été une tendance très forte aux États-Unis, on en parle beaucoup ici. Mais cela ne s’est pas vraiment matérialisé dans les chiffres autant qu’on pourrait le penser. Et je dirais que, pour beaucoup de gens, c’est plus facile à dire qu’à faire. Mais davantage de gens devraient chercher à changer d’emploi. Je sais, c’est difficile dans une conjoncture de récession. Mais nous n’avons pas vu au cours des deux dernières années tant de gens qui cherchaient à améliorer leur situation. Et je pense que c’est en partie la raison pour laquelle les salaires n’ont peut-être pas connu une hausse aussi forte. Les gens ont vraiment privilégié la sécurité. Les gens se sont en quelque sorte retranchés dans leur emploi. Vous savez, si vous avez des enfants à la garderie, si vous devez vous débrouiller entre les restrictions dues à la pandémie et toutes sortes d’autres contraintes comme les politiques de retour au travail, tout ce que vous voulez, c’est un travail le plus stable possible. Mais je pense que beaucoup de gens devraient rester à l’affût, parce que c’est généralement en changeant d’emploi que l’on peut obtenir un meilleur salaire.
ROMA: Les membres de la génération Z, vont vivre leur première expérience de récession. Et pour les milléniaux, ce sera leur premier vrai ralentissement économique, alors qu’ils ont peut-être des enfants et une hypothèque. En ce qui concerne le marché du travail, quels autres conseils précis pouvez-vous leur donner?
MATT: Selon moi, ce n’est certainement pas le moment idéal pour obtenir son diplôme ou pour entreprendre une carrière. J’ai obtenu mon diplôme vers 2008 ou 2009. J’étais titulaire d’un baccalauréat, mais personne n’acceptait de me recevoir pour une entrevue. Dans mon cas, j’ai repris les études, j’ai fait un certificat, en un an, pour améliorer mon CV, et pour montrer que je n’étais pas resté inactif pendant cette période. À mon avis, les gens doivent se tourner résolument vers les études et la formation. Je leur dirais aussi, et surtout, de ne pas paniquer. Nous avons vu une vague de départs à la retraite, ces derniers temps. Beaucoup de gens quittent la population active pour diverses raisons. Il y a une chose que j’aimerais souligner pour les jeunes auditeurs : nous avons assisté à un déclin très net du nombre de travailleurs indépendants dans le pays. Depuis l’arrivée de la COVID. Nous avons perdu environ 250 000 travailleurs indépendants au Canada. Plus de 50 000 d’entre eux travaillaient dans la construction, ils avaient un métier spécialisé. Environ 60 000 appartenaient à cette catégorie bizarre que Statistique Canada appelle les « autres services ». Il s’agit de coiffeuses et de coiffeurs, d’employés de salons de beauté, de services de nettoyage à sec, de réparateurs de machinerie par exemple. Et aussi de mécaniciens automobiles. Il s’agit de toutes sortes d’emplois indépendants, d’emplois qui sont le plus souvent manuels, qui sont souvent négligés par les jeunes, mais qui permettent d’être son propre patron, et peut-être de jouir d’une certaine liberté dans ses horaires. Ce sont des secteurs dans lesquels, en général, en période de récession, il y a beaucoup plus de travailleurs indépendants, car évidemment, on ne se congédie en général pas soi-même. Et si vous avez été congédié, vous allez peut-être tenter de travailler à votre compte, pour vous dépanner. Et je dirais que c’est un domaine vers lequel les jeunes veulent peut-être se tourner. Il y a tous ces emplois que les gens ont quittés à cause de la pandémie, et il faudrait beaucoup plus de monde en ce moment.
ROMA: Merci, Matt. Maintenant, parlons de logement.
ROB: Kelly Ho, planificatrice financière et associée de DLD Financial Group à Vancouver, se joint à nous. Pensez-vous qu’une récession pourrait offrir l’occasion d’acheter une maison, peut-être si les prix baissent un peu? Et si vous êtes solide financièrement, c’est peut-être un bon moment pour le faire?
KELLY: Oui, tout à fait. J’ai de nombreux clients qui sont sur la touche depuis plusieurs années, parce que dans leur esprit, ce n’est qu’une question de temps, ils ont l’impression que le marché est trop gonflé depuis très longtemps. Chaque année, je fais un bilan annuel avec eux, nous regardons combien ils ont mis de côté pour leur mise de fonds, je fais même ma version du test de résistance pour m’assurer que leur plan financier est encore viable, compte tenu de l’hypothèque, des éventuels frais de copropriété, des impôts fonciers et de l’assurance. Vous savez, il y en a qui aimeraient acheter une maison d’ici un an ou un an et demi, mais qui ne veulent pas appuyer sur la gâchette tout de suite, ni se retrouver dans une situation de surenchères. En ce moment, ils sont littéralement morts de rire, car ils obtiennent un rendement de près de 5 % par an. Beaucoup de clients avec lesquels je travaille ont beaucoup d’économies, qu’ils ont accumulées pendant plusieurs années, en attendant le bon moment.
ROB: Si j’achète une maison, quelle devrait être ma mise de fonds, actuellement?
KELLY: Pas moins de 20 %. En effet, selon la région du pays où vous vous trouvez, vous ne voulez pas avoir à payer les frais de la SCHL. Parce qu’à propos de trésorerie, nous essayons de minimiser ce que nous devons. Et il ne sert à rien d’essayer d’acheter quelque chose de plus cher que ce que l’on peut réellement se permettre. Vous savez, lorsque nous discutons avec nos clients, nous évoquons même la possibilité de mettre plus de 20 %, pour tenter de réduire le montant des versements hypothécaires qu’ils devront faire chaque mois.
ROB: Pour être clair, lorsque nous parlons des frais de la SCHL, nous parlons de l’assurance prêt hypothécaire que l’acheteur paie si sa mise de fonds est inférieure à 20 %, c’est bien cela?
KELLY: Oui, c’est ça.
ROB: Kelly, il y a des gens qui achètent la maison la plus chère qu’ils peuvent se permettre, mais qui, du coup, n’ont plus beaucoup de liquidités pour tout le reste. Pensez-vous qu’en cas de récession, cela pourrait devenir le cas d’un plus grand nombre de propriétaires?
KELLY: Je pense que ce risque va rendre très nerveux ceux qui sont déjà à la limite, c’est-à-dire ceux qui ont établi leur budget en fonction de taux d’intérêt très bas. Parce qu’à un moment, les gens se disaient : « Tous les autres achètent. Même s’il y a des surenchères. » On peut parler de la peur de manquer quelque chose. Il y a une chose que je répète souvent : cela fait dix ans qu’un grand nombre de milléniaux bénéficient d’argent bon marché. Et c’est un problème. Quand je fais de la planification financière avec mes clients, je mets leur situation à l’épreuve en utilisant des taux d’intérêt plus élevés dans leurs plans financiers. Parce que je veux m’assurer que, même si les taux d’intérêt augmentent, ils auront les moyens d’économiser pour leur retraite et n’auront pas à payer une hypothèque jusqu’à 75 ans. Parfois, les gens étirent le montant qu’ils sont prêts à payer, surtout ces dernières années avec les guerres d’enchères qui les ont amenés à payer plus que prévu, ce qui a bien sûr des répercussions sur le montant des paiements hypothécaires. Et maintenant, surtout avec l’augmentation des taux d’intérêt, ils le ressentent vraiment. Cela revient dans toutes les conversations que j’ai avec les clients qui ont actuellement des hypothèques à taux variable. Et parfois, nous devons envisager qu’ils fassent une pause dans l’épargne, ou qu’ils réduisent leur épargne, si c’est une question de survie à court terme.
ROB: J’aime bien la remarque que vous avez faite sur le fait de faire une pause dans l’épargne ou de réduire les dépenses, pour pouvoir survivre à court terme. C’est normal. N’est-ce pas?
KELLY: Oui, tout à fait. En effet, quel est l’intérêt de mettre de l’argent de côté, quand on a une dette de carte de crédit? Parce que les taux d’intérêt ne sont pas bas. Je n’ai pas beaucoup de clients qui sont dans cette situation. Mais je sais que, chez les Canadiens en général, les gens font ce qu’ils ont à faire. Et si cela signifie qu’ils doivent s’endetter avec leur carte de crédit pour nourrir leur famille, ils le feront. Et alors, si des difficultés se présentent, si le salaire n’est pas versé au bon moment, il peut y avoir des problèmes de trésorerie. S’ils ont besoin de réduire leur épargne pendant un mois, vous savez quoi? Eh bien, il faut le faire. Pas d’hésitation. Parce qu’en fait, il ne faut pas l’oublier, vous avez les 20 prochaines années pour épargner.
ROB: Devriez-vous préparer la situation à la crise en disant ce qu’il adviendra de l’hypothèque si l’un de vos clients perd son emploi ou voit son revenu diminuer?
KELLY: J’ai des clients dans cette situation. Et malheureusement, certains d’entre eux ont dû emprunter sur leur marge de crédit, ou trouver un emploi, n’importe lequel, même si ce n’est pas l’emploi idéal. Il y a eu un cas où j’ai dit à un client qu’il n’avait pas d’autres solutions que de trouver un emploi. Ce n’est peut-être pas l’emploi de vos rêves, il est peut-être moins bien que votre emploi précédent. Mais pour l’instant, nous devons juste nous assurer de satisfaire vos besoins en liquidités.
ROB: L’économie actuelle nous présente une situation intéressante : certaines personnes dépensent de manière assez débridée, en voyages et en restaurants, et d’autres réduisent vraiment leurs dépenses. Où en sont vos clients dans ce domaine? Sont-ils de grands dépensiers, vivent-ils largement? Ou ont-ils dû réduire un peu leurs dépenses?
KELLY: J’ai eu les deux. Il s’agit de faire des choix. En fait, je dois dire que je suis très curieux avec mes clients. Et je les interroge sur le montant de leurs coûts fixes. Et je leur demande quels sont les coûts variables, pour lesquels ils peuvent choisir de dépenser ou non. Un coût fixe serait par exemple votre hypothèque ou vos impôts fonciers. Vous n’avez pas le choix, vous devez payer ces factures. Vous devez payer votre facture de téléphone portable, ou votre facture d’Internet. C’est indispensable. Je pense que c’est un produit de la pandémie. Il y a cette idée selon laquelle nous avons tous survécu à cette pandémie mondiale, et maintenant, il est temps de vivre. C’est un peu un retour aux années folles. Vous savez, la vie est courte, nous ne savons pas si nous allons vivre de nouveau. Donc, je demande à mes clients : « Donc, vous avez dit que vous vouliez voyager. Dans votre situation financière, combien pouvons-nous allouer aux voyages sans que vous ayez à sacrifier vos objectifs futurs? » Cette question ramène les gens sur terre. Elle leur rappelle que dans la vie, tout est une question de choix. Vous pouvez gagner un demi-million de dollars, vous pouvez gagner 250 000 dollars. Si la personne qui gagne le plus dépense sans compter, il est possible que celle qui gagne le moins s’en tire mieux qu’elle.
ROB: Je voulais aborder cette idée de vivre à fond. Est-il temps de se calmer un peu pour se préparer à des temps économiques plus difficiles?
KELLY: Je pense qu’il est important d’avoir un plan d’urgence solide pour ne pas avoir à vivre d’un chèque de paie à l’autre. Ainsi, si nous entrons en récession et que les gens commencent à perdre leur emploi, pour ne pas vivre d’un chèque de paie à l’autre, vous devriez être en mesure de payer les trois prochains mois de loyer ou les trois prochains mois d’hypothèque. Avec un peu de chance, s’il y a deux revenus dans le ménage, les deux personnes ne perdront pas leur emploi en même temps. Si le ménage se trouve dans la situation difficile où les deux membres perdent leur emploi, il faudra peut-être tenir compte de leur épargne accumulée pour voir s’il est possible de les aider à traverser cette épreuve. Et il est à espérer que ce sera temporaire.
ROB: Merci, Kelly. Après la pause, nous parlerons de placement.
ROB : Pour parler de placement, nous avons avec nous Aravind Sithamparapillai, conseiller en placement chez Ironwood Securities, d’Aligned Capital Partners. Que pensez-vous, Aravind, des conséquences de la récession qui pourrait s’annoncer, pour les milléniaux et les membres de la génération Z qui ont des placements?
ARAVIND: Tout d’abord, je pense que la question de savoir si une récession est officiellement déclarée ou non, en particulier pour les milléniaux et les membres de la génération Z, n’est vraiment pas la bonne question qu’ils doivent se poser. Je m’explique. Que la situation corresponde ou non à la définition économique officielle d’une récession, nous en constatons déjà certains effets. J’ai, parmi ma clientèle, de grandes entreprises qui ont stoppé les embauches. Nous avons vu l’inflation toucher directement les budgets des gens. Et nous voyons les taux d’intérêt grimper, pour juguler l’inflation. Et cela a des répercussions directes sur les individus, en ce moment. Donc, si les entreprises se préparent, nous devrions nous aussi nous demander si nous devons nous préparer à ce qui se passera en cas de perte d’emploi ou, pour les contractuels, s’il faudra s’adapter à une vie différente de celle à laquelle ils étaient habitués, il y a six mois ou un an.
ROB: Vous avez beaucoup parlé de la possibilité qu’une récession engendre une sorte d’urgence économique pour les familles. Et pourtant, en même temps, les taux hypothécaires augmentent et les jeunes comprennent parfaitement la nécessité d’investir pour leur avenir et leur retraite. Comment trouver un équilibre entre toutes ces priorités?
ARAVIND: Bonne question. Et je pense que la première chose à faire, c’est de faire le tri de ce qui est important. Ainsi, pour beaucoup de gens qui sont coincés dans leur situation familiale, avec des enfants par exemple, doivent s’inquiéter de mettre de la nourriture sur la table, et ce sera une priorité. Ensuite, je dirais qu’il faut se concentrer sur certaines des dettes les plus importantes, comme votre hypothèque, des choses pour lesquelles si vous êtes en retard, ou si vous avez des difficultés, cela a des répercussions en aval sur votre propre situation personnelle.
Je dirais qu’il faut se concentrer sur les principales priorités. Quels sont les éléments non négociables? Ce sont les premiers pas vers la détermination et l’élaboration d’un plan d’action pour l’affectation de votre argent.
ROB: Aravind, si vous êtes stressé financièrement à cause de la récession, et que vous pensez que vous ne pouvez pas vous permettre d’investir cette année, est-ce que cela vous semble acceptable?
ARAVIND: Cela dépend de votre situation. Mais en prenant un peu de recul, je dirais que ça va, si vous avez mis un plan en place. Tout d’abord, si vous avez un plan, si vous avez envisagé le long terme et que vous avez du temps devant vous, vous pouvez vous dire : « Je vais prendre une partie de l’argent que j’aurais utilisé pour mes placements et l’affecter à mon prêt hypothécaire, car j’ai atteint un taux de déclenchement et je dois augmenter le montant de mes versements hypothécaires. Je ne pense pas que cela aura des conséquences pour votre plan à long terme, si vous avez également un plan pour le remboursement du prêt hypothécaire; à mesure que les taux baisseront, vous pourrez en quelque sorte réorienter une partie de cet argent.
ROB: Disons que je reçois une prime en argent pour 2022, quelle est la meilleure chose à faire avec cet argent, le placer sur les marchés ou rembourser une partie de ma dette?
ARAVIND: Oh, c’est une excellente question, et cela dépend vraiment de chaque personne. Voici pourquoi. Il y aura beaucoup de gens pour qui, et je pense que j’en ai parlé dans un article que j’ai écrit, s’ils ont un prêt hypothécaire qui doit être renouvelé et qu’il sont passés de, disons, 2 ou 3 % à, disons, 5,5 ou 6 %, cette augmentation du taux peut avoir des répercussions sur l’ensemble de votre budget. Et donc, je dirais que pour ces personnes, qui sont particulièrement préoccupées par le fait de savoir si elles peuvent faire ces paiements, cette prime en argent sera mieux utilisée pour rembourser des dettes. D’un autre côté, pour quelqu’un qui est un peu plus tard, qui a peut-être été très agressif dans ses paiements, et qui maintenant, en regardant vers l’avenir, constate que son versement mensuel ne change pas vraiment, cela pourrait être une occasion d’utiliser cet argent et de le mettre dans ses placements.
ROB: Vous et moi sommes probablement d’accord pour dire qu’il ne faut pas changer son plan d’investissement, juste parce que les grands titres parlent de calamité ou de catastrophe. Mais pouvons-nous nous pencher sur certains des défis qu’une récession peut engendrer pour l’investissement?
ARAVIND: Oui, je suis d’accord. Mais je vous dirai qu’au cours de cette période, pour beaucoup de milléniaux et de membres de la génération Z, il pourrait s’agir de l’un des premiers ralentissements prolongés auxquels ils assistent, conjugués aux inquiétudes concernant le risque de récession, l’inflation, les taux d’intérêt et la guerre en Ukraine. C’est peut-être la première fois qu’ils ressentent vraiment la charge émotionnelle de voir leurs placements monter et descendre. C’est donc peut-être l’occasion de jeter un coup d’œil à mon plan d’investissement et de se demander si j’ai choisi le bon niveau de risque pour mon confort émotionnel et ma tranquillité d’esprit.
ROB: Et quand nous parlons d’un plan, nous voulons dire une sorte de portefeuille diversifié qui comporte une certaine exposition aux actions au Canada, aux États-Unis et dans le monde, et quelques obligations, peut-être avec un peu de liquidités. Vous savez, cette année, les marchés sont en baisse, les obligations sont en baisse, les actions sont en baisse et le portefeuille diversifié est en baisse. Alors, est-ce vraiment le bon moment pour investir si vous êtes un jeune investisseur?
ARAVIND: Si vous êtes un jeune investisseur qui regarde vers l’avenir, vous attendez des rendements positifs. Actuellement, nous ne savons pas à quoi cela peut ressembler. Donc, même au début de cette année, nous aurions dit que nous nous attendions à des rendements positifs sur une période de 5, 10 ou 15 ans. Mais ce sont vraiment les hauts et les bas où le bruit, comme nous en parlerions, qui rendent rend les choses difficiles. Donc, si nous attendions des rendements positifs il y a six mois, il y a un an, pour un horizon d’investissement de 10 ou 15 ans. Et maintenant, nous attendons encore ces rendements positifs. Et toutes choses étant égales par ailleurs, nous nous attendons à ce que des prix plus bas signifient des rendements attendus plus élevés à l’avenir.
ROB: Je vais revenir sur cette question, et dire qu’il me semble que les actions, comme les obligations, sont actuellement en solde. C’est une occasion exceptionnelle de placer de l’argent dans un portefeuille diversifié et d’acheter à très bas prix.
ARAVIND: C’est une excellente question, Rob. Si les actions et les obligations sont en solde en ce moment, est-ce le bon moment pour investir? Je dirais que c’est le bon moment pour investir, à condition, encore une fois, que cela dépende de votre situation personnelle. J’ai des clients qui travaillent dans la vente aux petites entreprises. Même s’ils aimeraient beaucoup investir maintenant, ils voient leurs chiffres de ventes baisser, car les petites entreprises, vous savez, disent en quelque sorte qu’elles veulent prendre un peu de recul, qu’elles veulent attendre. J’ai un client qui n’atteindra peut-être pas son quota de ventes cette année. Est-ce que je peux lui dire que c’est le bon moment pour investir? Non, parce que pour lui, la situation est très différente. J’ai une petite clientèle de sage-femmes. Leurs revenus proviennent surtout du gouvernement. Les gens ont encore des enfants, pour eux, c’est vraiment le bon moment.
ROB: Aravind, quels conseils particuliers donneriez-vous aux membres de la génération Z, et ensuite aux milléniaux, en matière d’investissement?
ARAVIND: Pour les milléniaux, prenez soin de vos fonds d’urgence, assurez-vous d’être en bonne position pour pouvoir faire face à certaines des prochaines périodes, comme le renouvellement d’un prêt hypothécaire ou, si vous avez un taux variable, certaines des augmentations de paiement. Les membres de la génération Z, pour leur part, entrent dans la vie active. Un mentor m’a dit un jour, Aravind, que le meilleur moment pour prendre de l’avance, c’est quand les choses changent. Et donc si nous prenons les milléniaux, la situation est un peu plus serrée et ils devront peut-être rester un peu plus retranchés. Aux membres de la génération Z, je dirais de ne pas prendre de trop grosses bouchées. Parce que si beaucoup d’autres personnes sont dans une position délicate, cela pourrait être une occasion pour vous de travailler avec votre entreprise lorsqu’une possibilité de relocalisation se présente. Ou lorsqu’une promotion un peu plus risquée se présente, vous pourriez être en mesure de prendre ce risque parce que vous n’avez pas ces paiements fixes, contrairement à beaucoup de gens en ce moment.
ROB: Merci, Aravind. Et notre dernier sujet, mais pas des moindres, le coût de la vie.
ROMA: Alyssa Davies est une rédactrice spécialisée et podcasteuse en finances personnelles à Calgary. Alyssa, on s’accorde de plus en plus à dire que nous allons entrer en récession. Les ménages canadiens ressentent les effets de la hausse des prix depuis un certain temps déjà. Nous payons plus cher pour tout, de l’épicerie à l’essence. Quels sont les plus grands défis financiers auxquels les jeunes Canadiens devront faire face dans les mois à venir?
ALYSSA: Oui, ce n’est vraiment pas facile pour un jeune d’être confronté à cette économie. C’est un peu pétrifiant, car tout ce que l’on voit, ce ne sont que de grands titres déprimants. Et c’est même débilitant pour moi, parce que je lutte pour trouver des nouvelles positives. Personnellement, j’ai déjà dû ajuster mon budget d’épicerie quatre fois cette année. Il est passé d’environ 600 $ par mois au début de l’année à plus de 1 100 $ maintenant. Sacrée augmentation, surtout à cause du coût du lait maternisé. Il y a une pénurie de lait maternisé. Cela n’a pas été coût facile à gérer. Donc, c’est donc l’une des choses que nous avons changées.
ROMA: La plupart des Canadiens, y compris les milléniaux plus âgés, ont déjà vécu des récessions. Ce n’est pas le cas des membres de la génération Z, du moins pas à une époque où ils travaillent et subvenaient à leurs besoins. Pourquoi est-il important de se préparer émotionnellement et financièrement à une récession?
ALYSSA : C’est très simple. Je pense que lorsqu’il s’agit de votre santé mentale et de vos finances, ces aspects sont liés de beaucoup plus près que les gens ne le pensent. Je sais que lorsque ma santé mentale est précaire, je ne prends pas les décisions financières les plus judicieuses, parce que je suis distraite ou que j’ai beaucoup d’autres soucis. Il est donc très important que vous vous examiniez, ou que vous trouviez quelqu’un à qui vous puissiez parler ouvertement de vos problèmes d’argent, en particulier lorsque vous êtes confronté à des difficultés financières. Beaucoup de gens ressentent beaucoup de culpabilité et de honte tout simplement parce qu’ils ont des difficultés. Il est donc vraiment très important que vous puissiez vous confier à quelqu’un. Et aussi que vous évaluiez la situation vous-même.
ROMA: Je suppose que l’établissement d’un budget fera partie du processus, mais quels conseils spécifiques donneriez-vous aux membres de la génération Z et aux milléniaux pour gérer le coût de la vie pour eux en période de ralentissement économique?
ALYSSA : Une chose que je dois dire d’emblée, c’est que vous ne pouvez pas faire grand-chose pour gérer des facteurs externes, une récession par exemple. C’est hors de votre contrôle. Donc, tout de suite, vous devez vous demander ce que vous pouvez faire avec votre argent? Et que puis-je changer dans ma vie financière? La première étape consiste toujours à examiner votre budget. J’aime dire que c’est une très bonne occasion pour les gens de se préparer en faisant une simulation de ce qu’ils vont devoir faire dans les mois à venir. Il s’agit peut-être des scénarios A, B et C. La première option est peut-être le scénario A, le coût de mon épicerie a augmenté. Il a augmenté d’environ 11 %. C’est une très forte augmentation, alors que l’inflation est plus proche de 7 à 9 %. Vous devez donc peut-être réduire vos dépenses de 20 %. Où pouvez-vous réduire vos dépenses? Et peut-être que le scénario B est : quel est mon budget de base? Je dois réduire considérablement mes dépenses, par exemple si j’ai perdu mon emploi ou parce que les prix continuent de grimper. Chercher à réduire son budget n’est pas chose facile. Je commence toujours par réévaluer mes coûts. Ainsi, lorsque vous envisagez d’apporter des changements plus durables à votre budget, plutôt que d’essayer de réduire de menues dépenses qui sont plus motivées par la joie, par exemple les cafés, les plats à emporter ou les loisirs, cela ne fera peut-être pas bouger l’aiguille autant que de négocier votre loyer, ou de faire l’inventaire de tous les abonnements que vous collectionnez. Tout ce que vous payez chaque mois et qui est à prix fixe vous évite de vous demander si tout ira encore bien le mois prochain. Si vous ne changez que ces choses non essentielles, vous devrez peut-être vérifier votre budget chaque mois et vous demander ce que vous pouvez faire que ça marche?
ROMA: Nous avons parlé de réduire les coûts. Est-il réaliste de penser aussi à augmenter ses revenus à un moment où l’économie est en difficulté?
ALYSSA: Oui. C’est le moment idéal pour les jeunes, ceux qui ont de la liberté d’action et du temps durant leur journée, pour trouver un travail supplémentaire ou avoir un petit boulot, car cette récession est vraiment unique en ce sens. Si vous êtes un investisseur, cela vous donne plus de marge de manœuvre pour bâtir un patrimoine à long terme. Et le temps joue en votre faveur. L’état du marché boursier et tout ce que vous avez lu et vu dans les nouvelles récemment pourraient vous dissuader de contribuer à vos comptes de retraite. Mais cette situation n’est pas représentative, et les choses vont rebondir, si vous prévoyez d’investir et de ne pas toucher à vos fonds jusqu’à ce que vous approchiez de la retraite.
ROMA: Je ne peux pas m’empêcher de penser que ces récessions économiques nous ramènent à nos finances personnelles. Vous savez, ce qui me ramène toujours à la nécessité d’avoir un fonds d’urgence. C’est quelque chose au sujet duquel nous écrivons et parlons beaucoup. Et vous savez, il y a eu beaucoup de haussements d’épaules à ce sujet, quand les temps étaient vraiment bons. Il est probablement trop tard pour commencer à épargner maintenant si vous n’avez pas déjà un fonds d’urgence. Mais dites-nous un peu pourquoi il est si important d’avoir un fonds pour les périodes plus difficiles, pour les personnes qui se préparent à connaître leur premier ralentissement économique.
ALYSSA: Bien sûr. La vie ne se déroule jamais exactement selon nos plans. Je pense que pour les gens qui ne se sont pas vraiment intéressés à l’économie, ou marché du travail ou à l’inflation, ce sera une surprise. C’est vraiment important d’avoir ce filet de sécurité. Vous devez être en mesure de retirer de l’argent d’un placement, si vous ne pouvez pas augmenter vos revenus. Certaines personnes sont complètement à sec. S’ils sont parents comme moi, je ne peux pas prendre un autre emploi. Il n’y a pas assez d’heures dans une journée. Malheureusement, il faut se demander ce que l’on peut réduire et, si l’on ne peut rien réduire d’autre, c’est là que le fonds d’urgence entre en jeu; il vous redonne cette tranquillité d’esprit que tant d’entre nous recherchent au sujet de votre argent.
ROMA: Merci, Alyssa. Vous venez pratiquement d’entendre mon boniment sur les bases des finances personnelles et les fonds d’urgence. Rob, quel est le conseil qui vous a le plus frappé dans les conversations que nous avons eues aujourd’hui?
ROB: Ce qui me frappe, c’est que nous avons donné de bons conseils pour se préparer à une récession. Je pense qu’il n’y a pas lieu de paniquer. Les récessions sont tout à fait naturelles, l’économie évolue constamment entre croissance et repli. Je pense qu’il est temps de mettre de l’ordre dans vos affaires, afin d’être prêt à faire face à d’éventuelles difficultés.
ROMA: Merci d’avoir écouté cet épisode de Test de résistance. Cette émission a été produite par Kyle Fulton, Emily Jackson et Zahra Kozhema. Notre productrice exécutive est Kiran Rana. Merci à Matt, Kelly, Aravind et Alyssa de leur participation.
ROB: Vous trouverez Test de résistance en anglais (Stress Test) partout où vous écoutez des balados. Si vous avez aimé cet épisode, donnez-nous une note de cinq étoiles sur Apple Podcasts et parlez-en à vos amis.
ROMA: Dans le prochain épisode de Test de résistance, nous parlerons de la rénovation de la maison. Il peut être plus abordable d’investir dans des rénovations que d’acheter un logement qui répond déjà à vos besoins. Nous examinons les avantages et les inconvénients de cette solution potentiellement plus économique pour vivre dans la maison qui correspond à vos désirs.
ROB: En attendant, retrouvez-nous sur le site du Globe and Mail. Merci à tous de nous avoir écoutés.